La coincidentia oppositorum, ou coïncidence des opposés, est une théorie philosophique qui trouve son origine dans l'école pythagoricienne. Elle est décrite par Nicolas de Cues dans son essai De la docte ignorance (1440). L’idée que les contraires s’attirent peut être rapprochée du pythagorisme, mais elle est en réalité assez courante chez les présocratiques, y compris ceux n’appartenant pas à ce mouvement. Selon le philosophe Théon de Smyrne Platon y fait notamment allusion dans ses dialogues Des Lois et dans la Théétète, lorsqu’il écrit . Pythagore dit que les mathématiques sont la base de tout et que le monde physique ne pourrait être expliqué sans elles. Il dit que le monde dépend de l’interaction entre les contraires (mâle/femelle, sec/humide, froid/chaud...). Selon les Pythagoriciens, « être » implique nécessairement des contraires ; selon Théophraste, qui considère sa théorie comme moins paradoxale, être est contenu dans les contraires, ou dépend des contraires : au Livre VII de sa Métaphysique, sur le Bien et le Mal, Théophraste s'oppose à la théorie des contraires, qu'il critique : les choses ne sont pas toutes bonnes ni toutes semblables, et donc en attribuant l'être à toutes choses, on laisse entendre que toutes ont une ressemblance : cette ressemblance n'est pas uniquement spécifique. L'Un procède à la fois du pair et de l'impair puisque, ajouté à un nombre impair, il donne un nombre pair et vice-versa. Il est devenu le principe par excellence, l'Achevé. Le nombre pair, l'Inachevé, formait le monde organisé et comportant du superflu. Cette dissymétrie se justifie théoriquement par le concept de Philolaos sur l'harmonie, suivant ainsi les idées de Parménide : « L'harmonie provient toujours des contraires ; elle est en effet l'unité d'un mélange de plusieurs et la pensée unique de pensants séparés. » En 1440, dans son traité La Docte Ignorance, il développe l'idée de coincidentia oppositorum, précisant qu'il la vit comme une révélation qui lui a été inspirée par les écrits du Pseudo-Denys l'Aréopagite et de Jean Scot Erigène ainsi que par la sentence 14 du Livre des XXIV philosophes : « Dieu est les opposés être et non-être en tant que médiation de ce qui est ».