La mythopoeïa, du grec muthos (récit, fable) et poiein (créer, fabriquer), soit « fabrication de fables », est la création consciente d'un mythe ou d'une mythologie personnelle dans une œuvre littéraire. Le terme a été créé par le poète Frederic Myers mais les études littéraires françaises parlent plutôt de « mythopoïèse » (parfois orthographié : « mythopoièse ») ou encore de « mythopoétique », à la suite de l'ouvrage de Pierre Brunel, Mythopoétique des genres (2003). La mythopoeïa est une métafigure continue sur une œuvre entière proche des mondes parallèles, parfois distanciée de la réalité de l'auteur (comme chez Marcel Proust), parfois confondue (cas des écrivains « fous » comme Gérard de Nerval). On parle de mythopoeïa pour l'œuvre de John Ronald Reuel Tolkien, qui donne au terme son sens actuel dans son poème Mythopoeia dans les années 1930. Il y décrit les deux principes nécessaires à la constitution d'une mythologie personnelle : le statut de démiurge que revêt l'auteur-écrivain et l'étendue toujours plus complexe et détaillée du monde décrit. Le genre existe depuis les premières formes narratives, au travers de certaines parodies antiques notamment, avec par exemple Aristophane dans Les Grenouilles. Il prend forme ensuite à la Renaissance avec Rabelais, au siècle des Lumières avec Jonathan Swift et son roman philosophique Les Voyages de Gulliver, puis à l'époque romantique avec William Blake, Samuel Taylor Coleridge, le roman gothique et fantastique (Les Chants de Maldoror de Lautréamont) et plus tard surréaliste. Au , le genre devient partie intégrante de la science-fiction, même si certains auteurs plus classiques continuent à créer des mondes fictifs, intimistes souvent comme c'est le cas de Marcel Proust et sa Recherche du temps perdu ou de Boris Vian avec L'Écume des Jours. D'autres, comme Carl Gustav Jung dans le Livre rouge, ont combiné psychologie, philosophie et poésie pour la création de leurs mythologies personnelles.