Le tournant linguistique, plus souvent désigné par l'expression anglaise linguistic turn, est originellement une expression par laquelle Gustav Bergmann désignait en 1953 une manière de faire de la philosophie initiée par Ludwig Wittgenstein dans son Tractatus logico-philosophicus. D'une manière générale, il s'agit d'un changement méthodologique et substantiel, affirmant que le travail conceptuel de la philosophie ne peut avoir lieu sans une analyse préalable du langage. Le tournant linguistique a notamment connu des applications en histoire. The linguistic turn (LT) est une expression en 1967 par le philosophe Richard Rorty, qui l'a empruntée à Gustav Bergmann: le linguistic turn concerne alors . L'idée de fond est de traquer les énoncés mal formés et sans signification réelle, tout en vérifiant la structure logique réelle qui sous-tend les formulations d'idées dans le langage naturel. Cette approche, revendiquée aussi à l'origine par Bertrand Russell et Gottlob Frege, est caractéristique de l'essor de la philosophie analytique. Elle est solidaire du développement de la logique et de la philosophie de la logique, et a été l'instrument d'une forte critique de la métaphysique sous les coups des membres du cercle de Vienne et des représentants du positivisme logique. Elle a aussi donné naissance à la philosophie du langage ordinaire, qui apporte un regard moins logiciste sur la question (Austin, Strawson et la seconde philosophie de Wittgenstein sont représentatifs, chacun à leur manière, de ce dernier développement). Ce changement d'approche, mêlé à d'autres influences affaiblissant l'intention d'analyse logique qui en était à l'origine indissociable, a affecté les sciences humaines, et par extension, l'expression de tournant linguistique est aussi associée à un courant historiographique américain apparu à la fin des années 1960 avec l'ouvrage de Richard Rorty, The linguistic turn. Le linguistic turn est une démarche historienne qui considère que toute recherche historique doit nécessairement s’intéresser au langage ou au discours, qui deviennent donc objets d’étude.