L'illusion monétaire est un biais cognitif par lequel un agent économique raisonne à partir des valeurs nominales de l'économie et non des valeurs réelles, c'est-à-dire des valeurs nominales corrigées des effets de l'inflation. L'agent économique est victime d'illusion monétaire lorsqu'il pense avoir reçu une augmentation de salaire alors que l'inflation est en réalité plus élevée que l'augmentation du salaire. Dans une telle situation, le salaire réel a chuté, et non augmenté. L'illusion monétaire est un biais cognitif fondamental de l'économie. L'illusion monétaire conduit les agents économiques à sous-estimer l'inflation future, et donc à surestimer le taux de salaire réel. L'illusion monétaire est la condition sine qua non de certaines théories économiques. Au sein du keynésianisme, par exemple, la courbe de Phillips soutient que lorsque l'inflation augmente, le chômage baisse, car l'inflation réduit le salaire réel des travailleurs et donc le coût du travail avec lui. Les agents étant victimes d'illusion monétaire, il ne demandent pas d'ajustement de salaire. L'illusion monétaire est soutenue par plusieurs économistes au XIXe siècle sans qu'elle ne fasse jamais l'objet d'un traitement approfondi. Le concept est véritablement analysé par Irving Fisher dans un livre de 1928, appelé The Money Illusion. Il écrit : . Il aboutit à l'équation de Fisher afin de calculer le salaire réel et le salaire nominal. John Maynard Keynes popularise le concept dans sa Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (1938). Il en fait un des concepts clefs de son analyse du marché du travail. Pour Keynes, les travailleurs ont tendance à refuser toute baisse du salaire nominal, alors qu'ils ne s'opposent pas à une baisse de leur salaire réel en raison de l'inflation. La courbe de Philips illustrera des années plus tard la relation inverse entre l'inflation et le chômage : lorsque l'inflation augmente, le salaire réel diminue, et donc, avec lui, le coût du travail.