En linguistique, l'aphérèse (du ἀφαίρεσις aphaíresis, « ablation ») est une modification phonétique impliquant la perte d'un ou plusieurs phonèmes au début d'un mot. L'aphérèse est un métaplasme s'opposant à l'apocope. Elle ne doit pas être confondue avec le concept philosophique daphairesis. L'aphérèse a deux principales origines : l'aphérèse accentuelle et l'aphérèse par élision inverse. L'aphérèse peut être due au caractère atone et donc faible des phonèmes concernés : dans les langues à accent tonique, une syllabe atone est en effet susceptible, surtout si elle est éloignée de l'accent, de s'amuïr. Le cas est fréquent d'un point de vue diachronique, c'est-à-dire en phonétique historique. Les mots ayant subi une aphérèse sont ensuite lexicalisés. Par exemple, le terme anglais pour « évêque » est bishop et vient du grec ancien ἐπίσκοπος epískopos via le latin vulgaire ebiscopus (par voisement du [p] intervocalique). L'accent (même si, à l'origine, il n'était pas tonique mais de hauteur) frappant le [i], la voyelle précédente, qui se trouve là être à l'initiale, s'est amuïe à cause de son caractère atone et prétonique. L'anglais connaît de nombreuses aphérèses lexicalisées de ce type, surtout à cause de son fort accent tonique, qui tombe généralement en début de mot dans les termes germaniques. La langue française ne connaît toutefois que peu d'amuïssements à l'initiale. Ces derniers ont généralement lieu en finale, surtout si la dernière syllabe est atone. C'est donc l'apocope qui domine dans l'évolution du français et non l'aphérèse, mais cela est beaucoup moins vrai de l'argot. Par exemple, le terme « évêque » provient en amont (tout comme bishop) de l'étymon grec epískopos. On constate ici aisément que c'est la finale -op(os) qui a chu et non l'initiale e- (ancien français evesque, via une forme proto-romane raccourcie *episcu). Cependant, quelques cas de chute syllabique à l'initiale existent en français, notamment en ce qui concerne les termes grammaticaux les plus utilisés, nécessairement plus sujets à l'usure phonétique.