La Prolétaire ou « montre du pauvre » est la première montre populaire, mise au point en 1867 à La Chaux-de-Fonds (Suisse) par l'horloger Georges-Frédéric Roskopf, dont le but était de fabriquer une montre robuste et précise à la portée de toutes les bourses. La Prolétaire est passée dans l'histoire sous le nom de montre Roskopf et a fait l'objet dès 1920 d'une production industrielle au point de devenir le mouvement le plus exporté de Suisse, jusqu'à 35 millions de pièces dans les années 1970. Cette montre bon marché, sans le moindre luxe, voit le jour dans une métropole horlogère réputée pour ses mouvements de grande complication, ses montres ouvragées en métal précieux et ses boîtiers en or et elle est due à un des horlogers haut de gamme qui y avait son propre établissage depuis 1835 et avait dirigé une des grandes marques de la ville, Georges-Frédéric Roskopf. À l'âge de cinquante ans, il change complètement d'orientation, abandonne les montres de luxe et se consacre au projet d'une montre bon marché qu'il veut aussi solide et fiable qu'une autre. Les montres bon marché, qui existent à cette époque, ne marchent pas. Il y est parvenu grâce à quelques innovations techniques : mouvement simplifié à l'extrême ne comptant que 57 pièces (et non 160 comme une montre habituelle) suppression de la roue du centre création d'un échappement particulier ancre à goupilles suppression du mécanisme de mise à l'heure, qui se fait au doigt remontage sans clé utilisation de métaux non précieux La réalisation de La Prolétaire s'est faite dans un climat de vive hostilité de la part des milieux horlogers qui s'explique aisément : une montre simplifiée, en métal vil, sans finissage, heurte la mentalité d'artisans connus pour la finesse de leur travail, une montre qui vise l'utile et non le beau ne peut que les rebuter car elle est la négation de tout ce qu'ils produisent et qui fait la réputation et la fierté de leur ville.
Simon Nessim Henein, Ilan Vardi
Valentine Agnès Madeleine Magnin