L'expression « identité nationale », dont l'utilisation est devenue assez courante à partir des années 1980, a connu une certaine vogue en France dans la première décennie du . Elle a été et reste la source de nombreuses controverses, témoignant à la fois du flou de sa définition et de son usage souvent équivoque, qui en font, selon la formule de deux sociologues britanniques, « un des concepts les plus discutés mais les moins compris de la fin du ». Pour Gérard Noiriel, spécialiste de l’histoire de l’immigration, le terme vient de la « francisation de « national identity » qui existe aux États-Unis depuis les années 1950 (...) au départ une notion de la psychologie sociale de l’intégration des immigrés ». Selon lui, « l’identité nationale », est un produit de « la pensée de 1968 » quand « les universitaires progressistes étaient pour l’assimilation. » et est utilisé par le régionalisme contre « l’impérialisme de l’identité dominante ». Dans les années 1980, « il y a un retournement avec le Front national qui va imposer l’expression dans le vocabulaire courant. C’est à partir de ce moment que la droite et l’extrême droite récupèrent la notion » qui « est toujours lié au vocabulaire sécuritaire, c’est-à-dire au vocabulaire de la menace. Barrès est typique de ce point de vue : il s’agit de présenter l’étranger comme danger vital pour la nation. Il y a donc une connotation qui n’est d’ailleurs pas présente dans tous les pays ». Le concept nationaliste existait auparavant sous le terme « d’âme » ou de « caractère national ». Selon Frédéric Saint Clair, analyste en stratégie et en communication politique, « l'identité nationale n'existe pas ! Ce concept est un poison qui a infecté la pensée nationaliste au siècle et qui est responsable des atrocités du . Le concept d'identité nationale doit donc être abandonné, de manière que la droite puisse se réapproprier le nationalisme qu'elle a abandonné à l'extrême droite, un nationalisme démocratique, ainsi que le qualifie Raoul Girardet, ou républicain, hérité de 1792 et de 1848, et non un nationalisme identitaire qui a été le fruit des doctrines barrésiennes et maurassiennes et qui trouve des prolongements tout à fait contemporains.
Lorenza Salvatori, Manon Velasco