Les mots japonais que l'on considère comme étant des pronoms personnels se comportent exactement comme des noms. Ils peuvent être omis, si le contexte linguistique et extralinguistique permet d'identifier les agents. Le locuteur a recours à leur usage plus souvent pour préciser délibérément l'agent en question, sinon pour accentuer la présence de ce dernier, produisant un effet de mise en scène, au même titre qu’un « moi » dans un énoncé du type « moi, je mange. » Par ailleurs, ils n’influencent en aucune manière la forme du verbe auxquels éventuellement ils se rapportent. La multiplicité des mots ayant pour sens « moi », « toi », « il », « elle » sert notamment à révéler des informations sur le type de relation que le locuteur perçoit ou souhaite entretenir pour son interlocuteur ou le tiers en question et s'inscrit dans le domaine du registre de langue. Elle compense l'absence des désinences personnelles dans le système verbal et répond à l'existence du système de déférence, Keigo, qui intervient entre autres sous forme de verbes. À moins de parfaitement maîtriser le japonais, il est recommandé de ne pas employer les pronoms personnels de la deuxième personne. Peut-être encore plus que ceux de la première personne, ils risqueraient la plupart du temps de choquer votre interlocuteur. Même l'usage du pronom personnel あなた (anata), que l'on rencontre parfois dans les méthodes d'apprentissage du japonais, s'avère délicat, car dans une communication avec ses pairs, il peut évoquer aussi bien du respect qu'au contraire un effet de la prise de distance suscitant du mépris selon les situations, tandis que son usage à l'écrit est très fréquent dans divers supports de communications publiques. La plupart du temps, en japonais, il vaut mieux utiliser le nom de la personne suivi de さん (san), le suffixe de titre de civilité du niveau de politesse neutre évoquant la sympathie envers celle-ci. Un locuteur natif de la langue japonaise a tendance à utiliser plus volontiers le nom de la personne que les pronoms personnels dans le cas où leur omission n'est pas possible.
Olaf Blanke, Silvio Ionta, Pär Halje