En linguistique, le terme d’énantiosémie désigne le cas de termes polysémiques dont au moins deux des sens sont des antonymes. ll s'agit cependant plutôt de symétriques (d'où le choix du terme enantio-), par exemple, en français le mot hôte qui peut désigner à la fois la personne qui reçoit chez elle et la personne reçue. On peut aussi citer louer ou apprendre. Ce sujet est étudié depuis 1884, en Allemagne, par Karl Abel traitant de l'égyptien ancien, et pour le latin, le grec et le sanskrit, par le linguiste tchèque Vinko Šercl'. Ils parlent alors de . Le néologisme lui, n'apparaît qu'en 1982 sous la plume de Roland Barthes. Orna Lieberman, une chercheuse israélienne, docteur ès lettres, s’est appuyée sur la théorie de Karl Abel pour l’appliquer à la langue hébraïque. Dans ses deux livres, en français (hébreu biblique, Langue sacrée Langue profane) et en hébreu (שפת התנ"ך כבבואת סיפור הבריאה), elle montre que chaque mot en hébreu possède deux sens contradictoires, analyse plusieurs exemples et les situe dans le contexte théologique et mythique de la Bible. L'origine du phénomène a donné lieu à de nombreux débats, opposant entre autres linguistes et psychanalystes. Pour K. Abel et V. Šercl en 1884, l'énantiosémie est propre aux langues anciennes et n'existe dans les langues modernes que sous forme de vestige. Elle s'expliquerait par l'incapacité des hommes primitifs à penser un concept sans y associer son contraire. Le linguiste russe Nicolas Marr s'attribue après eux la découverte du phénomène, sous le nom de . Contrairement à ses deux prédécesseurs, il établit que l'énantiosémie est une règle générale, qui se retrouve aussi bien dans les langues anciennes que modernes. Ses travaux, en russe, restent toutefois peu connus des linguistes occidentaux. En 1910, Freud, qui a découvert les travaux d'Abel l'année précédente, établit un parallèle entre l'énantiosémie alors attribuée en Occident aux langues anciennes, et le langage des rêves, les psychanalystes pouvant interpréter un rêve en donnant à l'un de ses objets son sens contraire.