Le féminisme matérialiste est un courant théorique (principalement) français du féminisme radical issu de la deuxième vague féministe qui s'est caractérisé par l'usage d'outils conceptuels issus du marxisme pour théoriser le patriarcat. Il s'est notamment formé autour de la revue Questions féministes. Pour ce courant, profondément anti-essentialiste, l'origine du patriarcat ne doit surtout pas être cherchée dans une quelconque nature spécifique des femmes, qu'elle soit biologique ou psychologique, mais bien dans l'organisation de la société. Les féministes matérialistes se sont donc attachées à analyser les « rapports sociaux de sexe » (c'est-à-dire le genre), comme un rapport entre des classes sociales antagonistes (la classe des hommes et la classe des femmes), et non entre des groupes biologiques. La perspective politique qui en découle est donc révolutionnaire, car la lutte des classes de sexe doit aboutir à la disparition de ces classes et donc du genre. Dans les années 1960, et en particulier à la suite de mai 1968, le féminisme connaît une « seconde vague », avec en France le Mouvement de libération des femmes (MLF). Très vite, trois tendances distinctes émergent et s'opposent : le courant lutte des classes qui tend à réduire l'oppression des femmes à un résultat du capitalisme ; un courant différentialiste Psychanalyse et Politique, qui mobilise la psychanalyse pour défendre l'idée que les femmes et les hommes sont différents par essence et que l'objectif du mouvement doit être la revalorisation du féminin ; le courant radical et anti-essentialiste qui considère le patriarcat comme un système irréductible au capitalisme, et que c'est l'oppression qui crée les classes des femmes et des hommes et donc que la lutte des femmes doit mener à terme à l'abolition de ces classes. Elles se font à l'époque appeler « féministes révolutionnaires », puis se tourneront progressivement à la fin des années 1970 vers l'expression « féministes radicales ». C'est au sein de cette tendance qu'est apparu le féminisme matérialiste.