Les Cantiques du Serviteur ou Chants du Serviteur, ou encore Poèmes du Serviteur, sont un ensemble de péricopes du Livre d'Isaïe. Il s'agit de quatre passages du « Deutéro-Isaïe » : 42:1-9, 49:1-7, 50:4-11 et 52:13 - 53:12. Ce Serviteur, appelé par YHWH à apporter la lumière aux « nations », est l'objet du mépris des hommes. L'unité de ces textes ainsi que l'identité du Serviteur soulèvent plusieurs questions en termes d'exégèse biblique, tant dans l'interprétation du judaïsme que dans celle du christianisme. Le Deutéro-Isaïe () comprend les quatre péricopes appelées Cantiques du Serviteur : , , et à . Selon la définition de Jacques Vermeylen, elles brossent le portrait d'un « homme admirable, qui en vient à accepter la souffrance et même la mort pour en sauver d'autres ». Ces quatre textes de la Bible hébraïque revêtent une importance singulière pour le christianisme, qui voit dans le thème du « Serviteur souffrant » et de l'« Homme de douleurs » du chapitre 53 une préfiguration de la Passion de Jésus-Christ. Ils ont été étudiés par le bibliste luthérien Bernhard Duhm en 1892. L'ouvrage de Duhm est à l'origine de la théorie qui voit dans ce groupe de quatre péricopes l'évocation d'une seule personne, le Serviteur ; or cette hypothèse bouscule l'ordonnancement du livre et suppose que ces textes ont été introduits après la rédaction initiale. L'indépendance des quatre cantiques par rapport au Deutéro-Isaïe ne remporte pas l'adhésion de la totalité des chercheurs, dont certains observent que l'ensemble de cette longue section (Is 40-55) mentionne à plusieurs reprises un ou plusieurs serviteurs de YHWH. De surcroît, d'autres passages du Tanakh font état d'un tel serviteur, par exemple Jr 30:10-11, Jr 46:27-28, Ez 28:25, Ps 19:12-14... Il est dès lors possible de s'interroger sur la pertinence du regroupement de ces quatre péricopes, dû à un type d'exégèse fondé sur une forme d'hypothèse documentaire qui considérait le Deutéro-Isaïe comme un « bloc à peu près homogène » tout en distinguant divers documents à l'origine de plusieurs livres bibliques, qui apparaissaient comme des compilations de fragments préexistants ; or cette optique a perdu de son évidence parmi les spécialistes.